Comment le stress nous rend malade?

Le stress rend-il malade? Peut-on favoriser une guérison par la pensée? Des biologistes et des psychologues explorent les interfaces du corps et de l’esprit, et montrent que l’état d’esprit participe à l’état de santé.

Le stress et l’anxiété affaiblissent-ils les défenses naturelles?

La question préoccupe les biologistes, les médecins et… les psychologues. Que les difficultés rencontrées et l’état d’esprit influent sur le système immunitaire, on l’admet depuis longtemps. Toutefois, les résultats sont souvent contradictoires. Dans certaines expériences, le stress diminue la production des cellules immunitaires, mais dans d’autres, c’est le contraire. Si le stress atténue les réactions immunitaires, pourquoi, chez certaines personnes atteintes de maladies auto-immunes (où le système immunitaire attaque l’organisme qu’il devrait protéger), aggrave-t-il ces réactions?

Cette confusion a plusieurs causes. D’une part, le système immunitaire représente un réseau complexe comportant de nombreux acteurs, dont on ne comprend pas encore toutes les interactions. D’autre part, il y a différentes sortes de stress et d’anxiété: il y a manifestement une différence entre la situation d’un individu s’apprêtant à effectuer un saut à l’élastique, l’inquiétude qu’il ressent avant un examen ou la souffrance qu’il éprouve depuis des mois parce que sa compagne l’a quitté. Et ce n’est pas seulement la nature du stress qui importe:

Sa répétition et l’impossibilité de retrouver un état sans stress sont responsables de ses effets négatifs, que le stress soit physique, psychique, émotionnel ou social.

En 2004, des psychologues américains ont analysé 300 études publiées depuis 1970 sur les interactions du stress et des réactions immunitaires: ils en ont proposé un résumé remarquable, qui permet de comprendre comment les tensions psychiques agissent sur le système immunitaire. De surcroît, de nouvelles études fournissent les premiers indices de l’influence que nous pouvons exercer sur nos défenses naturelles.

Revenons d’abord aux débuts des recherches sur le stress. Dans les années 1970, l’endocrinologue viennois Hans Selye postula que le stress réprime les réactions immunitaires, et que des tensions psychiques prolongées favorisent l’apparition de diverses maladies.

Pourtant, personne n’a pu démontrer des affirmations du type « une personnalité anxieuse est sujette au cancer ».

Pendant un temps, le rôle du stress dans l’apparition de certaines maladies fut surestimé. Un bon exemple en est l’ulcère de l’estomac, que l’on imputait exclusivement au stress. Il s’avéra que le véritable coupable est une bactérie, Helicobacter pylori. Il en est de même pour de nombreuses autres maladies, dont la cause principale est une prédisposition génétique ou une infection.

Néanmoins, on considère que les tensions psychiques influent sur l’apparition et l’évolution de nombreux problèmes de santé, parce qu’elles modifient l’état du système immunitaire. Il y a plus de 15 ans déjà, le psychologue Sheldon Cohen, a montré que le stress favorise les infections des voies respiratoires. Il mit en contact des volontaires avec des virus du rhume, et réussit à établir une corrélation entre l’intensité des symptômes et le niveau d’anxiété des personnes enrhumées. Par ailleurs, plusieurs études étayent l’influence de l’anxiété sur la sclérose en plaques, l’asthme, la polyarthrite rhumatoïde et les allergies.

Les molécules et le stress !

Deux lignes de défense

Pour comprendre ces interactions, considérons d’abord les interfaces du système commandant le stress et du système immunitaire. L’organisme dispose de nombreuses possibilités pour se défendre contre des envahisseurs extérieurs. Quand un pathogène réussit à passer les barrières anatomiques de la peau et des muqueuses, l’organisme active différentes armes défensives.

Les biologistes distinguent deux principales stratégies du système immunitaire: la réaction immunitaire inné qui agit rapidement, en quelques minutes, au maximum quelques heures. Elle stimule divers types de cellules peu spécifiques, « bonnes à tout faire », qui combattent n’importe quel pathogène, même inconnu. C’est le cas des macrophages qui capturent les envahisseurs et les détruisent. En même temps qu’elles agissent, ces cellules libèrent des messagers moléculaires, des cytokines, qui déclenchent notamment la fièvre et l’inflammation. La réaction immunitaire innée comprend aussi les cellules tueuses naturelles, qui se fixent sur les cellules infectées ou anormales et les poussent à mettre en oeuvre un programme d’autodestruction, l’apoptose ou suicide cellulaire.

Derrière cette première ligne de défense, peu spécifique, une armée de seconde ligne – la réaction immunitaire acquise – se met en marche, mais l’organisme a besoin de plusieurs jours pour la constituer. Elle fait intervenir différents types de lymphocytes spécifiques: seuls ceux correspondant au pathogène se multiplient. Ils reconnaissent spécifiquement les antigènes de l’intrus, des molécules qu’il porte à sa surface et qui représentent sa signature.

Plusieurs classes de lymphocytes existent: les lymphocytes T cytotoxiques identifient les cellules contaminées parce qu’elles présentent les antigènes à leur surface; ces lymphocytes attaquent les cellules infectées. Les lymphocytes B, quant à eux, produisent des anticorps, qui si lient aux pathogènes et les rendent plus facilement identifiables par les macrophages.

Deux autres types de lymphocytes T participent à la réaction immunitaire: les lymphocytes Th1 produisent des cytokines essentielles, notamment aux réactions contre les virus. Les lymphocytes Th2 sont indispensables aux réactions de défense contre les parasites et participent aux réactions allergiques.

Comment le psychisme, c’est-à-dire le cerveau, peut-il agir sur les fonctions immunitaires? D’abord par l’intermédiaire du système sympathique, une partie du système nerveux autonome qui stimule l’organisme: des fibres nerveuses du système sympathique innervent des organes importants du système immunitaire, telle que la moelle osseuse, le thymus, la rate et les ganglions lymphatiques. Par ailleurs, il est directement relié aux glandes surrénales, et, quand il les stimule, elles libèrent dans le sang de grandes quantités d’adrénaline et de noradrénaline. De nombreuses cellules immunitaires portent des récepteurs où se fixent ces deux hormones du stress. Ces dernières inhibent ou favorisent alors l’expression de certains gènes et commandent, notamment, quelles cytokines sont produites et en quelles quantités.

Le cerveau et sa complexité

 

La courroie de transmission du stress à l’immunité

En outre, une autre structure cérébrale, l’hypothalamus relié à l’hypophyse, stimule une autre partie des glandes surrénales, qui sécrète la principale hormone du stress, le cortisol. Cette substance a des récepteurs spécifiques sur des cellules immunitaires, tels les macrophages et les lymphocytes T.

Cette double stratégie explique pourquoi le stress peut soit stimuler, soit inhiber le système immunitaire. Pour illustrer ces deux effets, imaginez-vous transporté dans un passé lointain:

Vous avez séduit la femme de Léo, un voisin corpulent. Lorsqu’il l’apprend, il vient vers vous furieux, brandissant une massue, ce qui déclenche chez vous une réaction de stress. Vous vous préparez à fuir ou à combattre: votre cœur accélère, le sang afflue dans vos muscles, votre vigilance est maximale. Quant à votre système immunitaire, il s’active déjà, prêt à affronter une infection due aux blessures que votre adversaire en colère est sur le point de vous infliger!

Bien sûr, la situation ne pourrait plus se présenter aujourd’hui! Pourtant, comme l’expliquent S. Segerstrom et G. Miller, les situations de stress imminent stimulent les réactions immunitaires. Par exemple, quand on invite des sujets participant à des tests à résoudre mentalement des calculs, leur nombre de cellules tueuses naturelles augmente en peu de temps. Il ne s’agit pas d’une levée de nouvelles troupes, mais plutôt d’une redistribution des forces de combat. Les cellules immunitaires non spécifiques sont conduites par la circulation sanguine en première ligne pour être présentes rapidement sur les sites de morsures ou de coupures de la peau et des muscles. Simultanément, certains aspects des réactions immunitaires acquises – par exemple, la multiplication des lymphocytes T – sont inhibés. Cela est aussi une mesure judicieuse face au jaloux Léo, car la division cellulaire consommerait beaucoup d’énergie, alors que les muscles en ont besoin pendant un combat.

Ces réactions d’adaptation, autrefois pertinentes, sont souvent inutiles aujourd’hui: quand nous ratons notre train ou qu’un automobiliste nous coupe la route, les cellules tueuses sanguines ne sont guère utiles. Mais une fois la contrariété passée, le système immunitaire se calme rapidement.

Un trouble anxieux, qui risque de déclencher une dépression, inhiberait le système immunitaire et favoriserait l’apparition de certaines maladies.

La bonne nouvelle, c’est que l’on pourrait apprendre à réagir positivement, restaurant ainsi l’efficacité du système immunitaire.

 

Le danger du stress peut nous guetter !

Les dangers d’un stress durable

Le stress durable et l’anxiété ont un tout autre effet. C’est le cas, par exemple, lors d’un grave accident ayant pour conséquences une paraplégie, lors d’une maladie chronique ou d’une perte d’emploi. Des dizaines d’études mettent en évidence des effets négatifs incontestables, tant sur l’immunité innée que sur l’immunité acquise. En 1996, l’équipe de la psychologue Janie Kiecolt-Glaser, à Université d’Etat de l’Ohio, a montré que des personnes soignant leur conjoint atteint d’une maladie d’Alzheimer produisent peu d’anticorps lorsqu’elles sont vaccinées contre la grippe.

Une étude plus récente menée par la même équipe a aussi montré que les personnes concernées restent sensibles aux maladies pendant des années. Dans leur sang circule une cytokine, l’interleukine 6, en quantité quatre fois supérieur à la concentration moyenne. Aux concentrations normales, cette cytokine participe aux réactions inflammatoires. Un excès d’interleukine 6 favoriserait les maladies cardio-vasculaires, l’ostéoporose, l’arthrite et certains types de cancers.

L’interleukine 6 est l’un des nombreux maillons de la chaîne à double sens qui relie le système immunitaire au cerveau. Elle joue non seulement un rôle dans les défenses immunitaires, mais elle active aussi le cycle de régulation hormonale qui relie l’hypothalamus, l’hypophyse et les glandes surrénales qui, en cas de stress, libèrent davantage de cortisol, inhibant encore l’efficacité du système immunitaire.

Des situations de stress moins intenses, par exemple un examen tout proche, se lisent aussi dans le système immunitaire. Plusieurs études traitent des conséquences de telles contrariétés quotidiennes: les réactions immunitaires semblent se déplacer des lymphocytes Th1 aux lymphocytes Th2, mais on sait encore mal en prévoir les conséquences. Il est possible que le sujet devienne plus vulnérable aux infections et au cancer, mais aussi que ses réactions inflammatoires soient favorisées.

Comment peut-on expliquer l’influence du stress sur les maladies auto-immunes? Contrairement à une idée répandue, dans ces maladies, le système immunitaire n’est pas globalement hyperactif. On observe même une diminution du nombre des lymphocytes. En revanche, certains lymphocytes T s’attaquent par erreur à des cellules de l’organisme. En 2004, Cecile King et son équipe, de l’Université de Californie, ont montré chez l’animal comment cette population cellulaire se multiplie intensément, lorsque les défenses immunitaires sont affaiblies. Il s’agit peut-être d’une tentative pour compenser les dommages causés par les infections ou par le stress.

Les modifications du système immunitaire par le stress seraient des adaptations sélectionnées par l’évolution pour protéger la santé de l’organisme menacé. Toutefois, quand la tension persiste longtemps, le cerveau et les cellules immunitaires s’habituent aux nouvelles concentrations en hormones de stress et perdent leur capacité à réagir face à des concentrations anormales. Le système de stress devient insensible et finirait par rendre plus vulnérable à la maladie: dans les cas extrêmes, ou bien le système de défense s’effondre ou bien il s’emballe. Et l’âge serait un facteur de risque déterminant: plus les sujets sont âgés, moins leur système immunitaire s’accommode au stress.

Que nous apprennent ces résultats sur la gestion quotidienne des tensions psychologiques? Le stress quotidien peut difficilement être évité en totalité. Il ne vaut d’ailleurs guère la peine de s’efforcer de supprimer toute situation stressante, car ces défis ne sont pas inutiles puisqu’ils constituent des stimulations pour le système immunitaire.

Notre sensibilité aux infections dépend essentiellement de savoir si nous sommes optimistes ou réalistes. En 2003, une étude de la psychologue Melissa Rosenkranz, à l’Université du Wisconsin, fit sensation. La psychologue laissa ses sujets évoquer des souvenirs d’événements heureux et tristes de leur vie et observa pendant ce temps leur activité électrique cérébrale. Elle identifia ainsi des sujets se caractérisant par une activité asymétrique de leur cortex préfrontal. Les humeurs négatives, y compris les dépressions, correspondent à une activation du cortex préfrontal droit, alors que chez les personnes heureuses, c’est le cortex préfrontal gauche qui est le plus actif. Simultanément, les chercheurs déterminèrent l’état du système immunitaire en vaccinant les sujets contre la grippe et en dosant les anticorps produits. Les sujets présentant une activité cérébrale du cortex préfrontal gauche produisirent davantage d’anticorps!

Ainsi, l’état affectif a un effet quantifiable sur le fonctionnement du système de défense du sujet.

 

Poussez-vous vers l’optimisme !

L’optimisme stimule le système de défense

Reste une question cruciale: peut-on apprendre à être optimiste? Selon le psychologue et psychiatre Richard Davidson, de l’Université du Wisconsin, le cerveau peut être entraîné à la maîtrise de soi. Avant la vaccination anti-grippale, dans le test précédent, R. Davidson fit suivre à 25 participants un programme de méditation de huit semaines. Comme attendu, ces sujets produisirent plus d’anticorps que ceux d’un groupe témoin. En outre, la fonction cérébrale s’était modifiée sous l’action de la méditation: l’activité dans l’hémisphère gauche s’était développée et ce, même lorsque les sujets ne méditaient pas (la seule participation au programme avait un effet)!

Le psychisme et le système immunitaire sont étroitement liés. Pour vaincre la vision dualiste du corps et de l’esprit, nous devons comprendre l’effet du système immunitaire sur le cerveau.

 

  • Le stress et les états anxieux ont des effets négatifs sur la santé, notamment quand ils se répètent et perdurent.
  • Les hormones du stress modifient la production et l’activité des cellules du système immunitaire.
  • Les personnes les plus optimistes et heureuses ont un système immunitaire plus efficace que celles qui sont tristes. Un entraînement à la maîtrise de soi, telle la méditation, lutterait contre les maladies!

Partagez dans les commentaires les problèmes de santé que vous avez pu avoir à cause du stress !

Prenez soin de vous

Romain

 

 

L’essentiel Cerveau & Psycho n°10 – Vaincre son anxiété.

Karl Bechter, professeur à l’Université d’Ulm, dirige lee Département de médecine psychothérapeutique et psychosomatique de l’Hôpital cantonal de Günzburg.

Katja Gaschler, biologiste, est journaliste scientifique.

 

 

 

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