Comment différencier le stress de l’anxiété ?

Le stress représente une réaction générale de tout l’organisme, via son système hormonal. L’anxiété constitue une réaction plus locale, dans le cerveau.

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Avant de lire cette retranscription d’un article de magazine, je voudrais vous poser une question : pensiez-vous, avant de tomber sur cet article, que le stress et l’anxiété étaient identiques ? Répondez dans les commentaires !

Le stress est une réaction hormonale de l’organisme face à un danger. Quant à l’anxiété, c’est une réaction cérébrale: le sujet anticipe – généralement à tort – un danger, ce qui suscite une peur sans cause.

Nous utilisons souvent les deux mots, stress et anxiété, de façon équivalente. A l’approche d’un examen ou en attente d’une décision professionnelle importante, un étudiant ou un employé disent volontiers: « Je me sens stressé » ou « Je suis anxieux ». Pourtant, sur le plan biologique, les deux notions diffèrent, même si, comme nous allons le voir, elles sont souvent liées.

 

Commençons par le stress. En 1956, le biologiste et endocrinologue hongrois Hans Selye a créé et définit cette notion dans son livre The Stress of Life (Le stress de la vie): le stress est une réaction physiologique permettant à l’organisme de s’adapter face à une agression externe, qu’elle soit traumatique, thermique ou même sociale. Selon Selye, le syndrome du stress (le terme syndrome signifiant qu’il existe plusieurs symptômes) présente trois phases successives: une phase d’alarme où l’organisme mobilise ses défenses, une phase de résistance où se manifeste l’adaptation à l’agent stressant, et une phase d’épuisement si l’action de l’agent stressant est trop forte ou trop prolongée et que l’organisme ne peut plus y faire face.

On comprend ainsi qu’il y ait des stress positifs ou favorables – si le sujet, en première ou en deuxième phase, domine les effets du stress et s’y adapte – et des stress négatifs et défavorables – si le sujet, en troisième phase, n’arrive plus à s’adapter aux agressions qu’il subit.

Pour réagir aux modifications de leur environnement, la plupart des animaux disposent de deux grands systèmes qui interagissent: le système nerveux et le système hormonal. Le fonctionnement du premier repose sur des messages transmis entre les cellules nerveuses (les neurones notamment). Le second est constitué des glandes endocrines qui sécrètent des messagers chimiques, les hormones. L’interaction des deux systèmes aboutit à la libération de ces hormones, qui sont transportées dans le sang et agissent sur l’organisme.

Le stress et les hormones

Le stress et les hormones

Si la perception du stress se fait d’abord par le système nerveux (un danger est perçu), les mécanismes en sont surtout hormonaux: ils « naissent » dans les glandes endocrines, en dehors du système nerveux. Les principales glandes impliquées dans le stress sont les glandes surrénale; elles se situent au-dessus des reins et sécrètent, dans leur partie centrale, l’adrénaline, l’hormone de mise en alerte de l’organisme et, dans leur partie périphérique, le cortisol, la principale hormone du stress chez l’homme (on trouve des hormones semblables chez divers animaux).

Durant la première phase du syndrome de stress, l’adrénaline engendre des réactions physiologiques de mise en alerte de l’organisme:

  • Augmentation des rythmes cardiaque et respiratoire, élévation de la tension artérielle, sudation, etc.
  • Lors de la deuxième phase, le cortisol agit sur le cerveau pour y déclencher des réactions appropriées de l’individu, telles que la fuite, l’immobilisation ou le combat. Il prépare aussi l’organisme à un retour à la « normal » si le stress s’arrête.
  • Mais durant la troisième phase, un excès de cortisol empêche l’organisme de réagir correctement; ces perturbations hormonales peuvent détériorer certaines régions cérébrales, notamment le système dit limbique, qui nous allons y revenir, est le site d’action de l’anxiété. Ces dommages peuvent aboutir à des syndromes tels que la dépression ou l’anxiété chronique, à un déficit des fonctions cognitives, voire à des troubles neurodégénératifs, telle la maladie d’Alzheimer.

Dans les cellules, le stress prolongé de cette troisième phase peut aussi endommager les chromosomes et, par suite, entraîner un vieillissement cellulaire précoce. Il semble également perturber les molécules d’adhérence dans le cerveau, molécules indispensables à son bon fonctionnement et à la mémorisation en particulier. Le stress excessif a donc plusieurs effets néfastes.

Une anticipation du danger excessive?

L’anxiété: l’anticipation d’un danger inexistant

L’anxiété peut être modérée et favoriser la mémorisation par exemple, ou être excessive et avoir des conséquences néfastes, voire pathologique.

Venons-en à l’anxiété dite. En présence d’un danger ou d’une menace, les structures cérébrales impliquées dans les émotions, et qui constituent chez les vertébrés le système limbique, sont activées et produisent la peur. Lorsque le danger disparaît de l’environnement, mais que le sujet à penser qu’il va surgir et à anticiper les conséquences, on ne parle plus de peur, mais d’anxiété ou d’angoisse.

Ainsi, l’anxiété est la réaction cérébrale anticipant un danger ou une menace qui n’existe pas ou pas encore. Dans ce cas, les mécanismes en jeu agissent dans le système nerveux central (le cerveau notamment), même si les manifestations de stress qui les accompagnent, par exemple l’accélération du rythme cardiaque ou la sudation, sont commandées par le système nerveux périphérique.

A l’instar du stress, l’anxiété peut être modérée et favoriser la mémorisation par exemple, ou être excessive et avoir des conséquences néfastes, voire pathologique. Chez l’être humain, on distingue différents types d’anxiété pathologique: l’anxiété post-traumatique, les crises de panique, les phobies, les troubles obsessionnels compulsifs, l’anxiété généralisée, etc.

Lorsqu’elle devient trop intense, l’anxiété peut également perturber les fonctions cognitives.

Pour nombre d’animaux, l’anxiété est souvent un avantage: chez les rongeurs notamment, qui sont des proies faciles, l’anxiété est utile pour se protéger ou pour fuir. De nombreux « modèles » d’anxiété existent chez les rongeurs; ils permettent aux scientifiques d’étudier l’anxiété et de mettre au point des médicaments anxiolytiques, c’est-à-dire qui diminuent l’anxiété.

On connaît aussi des substances anxiogènes, qui au contraire augmentent l’anxiété. En revanche, chez les rongeurs, on ne peut pas décrire toutes les facettes de l’anxiété comme on le fait chez l’être humain, et l’on oppose en général l’anxiété dite d’état (si l’animal est placé dans un état anxieux lié à une situation nouvelle) et l’anxiété dite de trait (si l’animal présente cette caractéristique comme un trait de personnalité).

 

Des modèles d’anxiété chez le rongeur

On dispose de nombreuses lignées de souris anxieuses (sélectionnées génétiquement) ou au contraire, résistantes à l’anxiété. Cette anxiété de trait chez l’animal pose d’ailleurs la question des fondements génétiques de l’anxiété. Car si l’anxiété d’état résulte des événements auxquels l’animal est confronté au cours de sa vie, l’anxiété de trait serait en partie due à des prédispositions génétiques, qui, comme la plupart des traits psychologiques, feraient appel à une multitude de gènes.

Les mécanismes physiologiques du stress sont surtout hormonaux et extérieurs au système nerveux, mais ceux de l’anxiété se mettent en place dans le cerveau. Ils reposent sur l’organisation cérébrale et les grands systèmes de neuromédiateurs – les molécules de communication entre neurones. Des régions du cerveau sont particulièrement impliquées dans le contrôle de l’anxiété: le système limbique, et notamment les noyaux du complexe amygdalien, encore nommé amygdale. Mais, aussi des zones du cortex cérébral, qui peuvent donner à l’anxiété sa dimension cognitive quand le sujet en prend conscience, et peut, par exemple, l’exprimer par le langage, voire par des productions artistiques, tels des poèmes ou des tableaux.

Dans ces structures, le système inhibiteur du cerveau, fonctionnant avec le neuromédiateur GABA qui diminue l’activité électrique des neurones où il se fixe, joue un rôle notable. De fait, de nombreuses molécules réduisant l’anxiété augmentent l’action inhibitrice du GABA et ralentissent l’activité des neurones de certaines régions cérébrales.

Les deux processus – le stress et l’anxiété – sont liés, le corps et l’esprit dialoguant en permanence.

 

Les molécules de l’anxiété

Au contraire, les molécules augmentant l’anxiété diminuent l’action du GABA et rendent certaines régions du cerveau plus actives. Comme le GABA agit dans divers réseaux neuronaux, les substances modifiant son action ont souvent de multiples effets. Ainsi, les anxiolytiques diminuent aussi les convulsions de l’épilepsie, et peuvent avoir des effets sédatifs ou somnifères. D’autres substances, tels les neurostéroïdes du cerveau, ayant une structure chimique proche du cortisol, renforcent l’action du GABA et diminuent l’anxiété.

Le GABA joue un rôle majeur dans l’anxiété, et beaucoup de substances, anxiolytiques ou anxiogènes, agissent par son intermédiaire. Mais il n’est pas le seul acteur. D’autres neuromédiateurs participent au contrôle de l’anxiété, notamment dans le système limbique: la noradrénaline, la sérotonine, la dopamine, les morphines fabriquées par le cerveau que sont les endorphines, ainsi que divers peptides (ou petites protéines) cérébraux.

La course au stress !

 

Alors quelles sont les différences entre le stress et l’anxiété ?

En schématisant, on considère que, face à une agression émanant de l’environnement, le stress représente une réaction générale de tout l’organisme, via son système hormonal. L’anxiété constitue une réaction plus locale, dans le cerveau, via l’action des neuromédiateurs notamment. Mais les deux processus sont liés, le corps et l’esprit dialoguant en permanence. D’autant qu’un stress excessif peut finalement avoir des conséquences mentales délétères. L’anxiété serait le « vécu psychologique » du stress, qui serait le « vécu physiologique ».

 

J’espère que cela vous aura aidé à y voir plus clair. N’hésitez pas à partager cet article à votre entourage pour les faire profiter de ce que vous avez appris !

Prenez soin de vous

Romain

 

 

Bibliographie

R. Jouvent, Le cerveau magicien, Odile Jacob, 2009.

V. Kapsambelis, L’angoisse, Presses Universitaires de France, 2007.

G. Chapouthier et J.J. Matras, Introduction au fonctionnement du système nerveux, Medsi, 1982.

H. Selye, Le stress de la vie – le problème de l’adaptation, Gallimard, 1975.


 

L’essentiel – Cerveau & Psycho n°10 – Vaincre son anxiété. Préface.

 

 

 

 

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